12 mai 2011

Le voyageur

L'âme la plus heureuse a sa part de souffrance,
Le plus joyeux esprit a son trouble secret;
Le souvenir fléchit sous le poids du regret,
Et la crainte envahit jusques à l’espérance.

Le hasard ennemi, qui nous frappe en silence,
Tranche les noeuds bénis de son dur couperet;
L'aveugle et sourd destin, par aveugle arrêt,
Livre l'amant fidèle au vautour de l'absence.

Voilà qu'un vent jaloux, soufflant sur mon esquif,
M’entraîne soucieux, solitaire et pensif
Au gré des flots mouvants, dans un lointain parage.

O vous qui demeurez, pensez au voyageur ! 
Et faites, par pitié, mentir le viel adage
Qui dit si tristement : loin des yeux, loin du coeur. 

[ Claudius Popelin ]

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